Comment l’Afrique tweete-t-elle?

L’eau prend la couleur et la forme du vase qui la contient. Driss Chraïb, Une Enquête au Pays

Le 26 janvier dernier, l’agence de communication Portland faisait paraître leur étude sur l’utilisation de Twitter en Afrique réalisée au cours du dernier trimestre 2011 en association avec le media Tweetminster, sur la base de 11,5 millions de tweets (i.e. message sur Twitter) géolocalisés (i.e. en déclarant sa situation géographique) et une enquête menée auprès de 500 top twittos (i.e. membre de Twitter) africains.

Toute étude est relative et le meilleur moyen pour en assurer la légitimité c’est d’être transparent dans la méthodologie

Celle-ci, même annoncée comme première en son genre et se voulant une sorte de référent pour observer l’évolution des usages sur ce continent, n’en demeure pas moins potentiellement sujette à caution. La première remarque que l’on puisse lui adresser est le principe de géo-localisation qui apporte des résultats à prendre avec beaucoup de précautions dans la mesure où ils (du moins ceux que j’ai pu lire) ne font pas mention de la manière dont ces tweets ont été géo-localisés ou si cela fait référence à ce qui est inscrit par le membre Twitter lui-même dans sa bio nous savons qu’il peut être fait mention de n’importe quelle localisation, voire de plusieurs localisations.

Les résultats ne disent rien des 500 top twittos interrogés : qui sont-ils? hommes, femmes? comment ont-ils été sélectionnés? sont-ils africains ou expatriés d’autres continents? quelles sont leurs professions? communicants, politiques?… Autant de questions qui restent pour le moment sans réponse mais qui sont autant de biais pour l’analyse et donc l’intérêt de l’étude.

Quelques résultats : Qui tweete en Afrique, comment et sur quel sujet?

L’étude fait ressortir un top 20 de pays africains dont les habitants (si l’on considère la géo-localisation exacte au départ) sont présents sur Twitter. L’Afrique du Sud se place largement en tête suivie du Kenya (5.030.226 tweets envoyés). Vient ensuite le Kenya avec ses 2.476.800 messages postés sur le réseau précédant le Nigeria (1.646.212) et l’Egypte (1.214.062)…

L’étude nous explique que le top 20 de ces pays si présents sur Twitter représente 70% de la population africaine totale. Mais de quoi parle-t-on?

Devons-nous comprendre que les personnes émettrices de ces tweets sur l’ensemble de ces 20 pays représenteraient 70% de la population africaine? Peu probable dans la mesure où l’étude ne dit pas combien de personnes représentent les 11,5 millions de tweets pris en compte…

60% des twittos africains ont entre 21 et 29 ans. La génération Y ne connait pas de frontière, encore que…

Mais encore une fois quel est le panel utilisateurs qui a servi de base pour obtenir ce résultat? Je veux bien le croire mais je n’intègre pas un chiffre au seul prétexte qu’il satisfait mon idéologie d’occidentale convaincue (ou pas) par le concept de génération Y.

Quelques chiffres sur les usages maintenant. 81% utiliseraient Twitter pour converser avec leurs amis mais 68% (de quoi d’ailleurs, des personnes interrogées donc 500 comptes dont on ne sait pas qui ils sont ou s’il s’agit d’une information recueillie sur la base des 11,5 millions de tweets?

Disons que ce pourcentage est issu de l’enquête réalisée sur les 500 illustres inconnus, du reste l’enquête elle-même est inconnue (qui pourrait fournir un lien vers les questions posées?)… Trêve de taquinerie, 68% donc utiliseraient Twitter comme un canal d’informations.

L’étude nous livre ensuite la répartition par sujets d’actualité.

76% seraient intéressés par les actualités internationales contre 68% par l’information locale. Ce chiffre mériterait qu’on le questionne plus quand on sait l’utilisation locale voire hyper locale qui a pu être faite des outils web pendant les révolutions arabes. En tout état de cause, cette donnée n’est pas neutre et mériterait d’être mise en perspective notamment avec le profil des personnes interrogées, ce que précisément l’étude ne nous donne pas…

Pour conclure

Cette étude a peut-être été menée avec beaucoup de sérieux (et j’ose l’espérer) mais au demeurant le rendu qui en est fait ne nous permet pas de tirer des conclusions autre que celles qui pourraient nous venir par appel du chiffre et manque de recul. Les études sont un métier avec comme chacun d’entre eux, un art qui doit être respecté pour que les résultats ne puissent être sujets à caution. Les slides, les chiffres et les infographies qui font florès en ce moment alimentent les slides, les chiffres et les infographies sans toujours être interrogés comme ils le devraient.

Prendre son temps de lire des données, de les analyser avec recul pour ne pas tomber dans l’abîme d’un web irresponsable, obnubilé par la course au chiffre, devenu simple objet marketé, dénué de puissance autre que publicitaire.

Les slides, c’est beau, les chiffres c’est bon, mangez-en!

Pour un usage responsable des médias sociaux!

Télécharger les résultats de l’étude Portland Communications

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