Entrepreneuse, un métier?

Il n’y a pas « un » caractère d’entrepreneur. Mais il faut « du » caractère pour l’être.  Peter Drucker

Imaginons une soirée entre amis et amis d’amis d’amis, un homme et une femme se croisent devant le buffet.

Monsieur X : Bonsoir, vous faites quoi dans la vie?

Mademoiselle Y : Je suis salariée.

Monsieur X (interloqué) : D’accord mais votre métier c’est quoi?

Maintenant reprenons les mêmes personnages, lors de la même soirée mais sous un autre angle.

Monsieur X : Bonsoir, vous faites quoi dans la vie?

Mademoiselle Y : Je suis entrepreneuse

Monsieur X (intrigué) : Je vous offre un verre et vous me parlerez de votre entreprise

Depuis quelques temps déjà, ce concept « entrepreneur » m’intrigue.

A la question « que faites-vous dans la vie? », il ne viendrait en effet à personne l’idée de se contenter d’une réponse « je suis salariée » car il s’agit d’un statut, pas d’une fonction. Or être entrepreneur semble être un métier à part entière. J’ai donc interrogé cette idée au cours de différentes situations et conversations avec des interlocuteurs entrepreneurs ou salariés, histoire d’affiner un peu mon point de vue. Et ce n’est que le début de mes observations et réflexions que je vous livre ici, en espérant vous voir contribuer pour apporter votre éclairage.

Je lis des blogs d’entrepreneurs (comme celui de Pierre-Olivier Carles, Michel de Guilhermier, ou Envie d’Entreprendre pour ne citer que ceux-là) des magazines sur l’entrepreneuriat (comme Entreprendre), je me replonge dans Légifrance et je me rappelle que je suis moi-même entrepreneuse!! Petite (puisque seule dans mon siret) mais néanmoins réelle! Encore que…

Le cadre de l’activité fait-elle l’activité?

Le cadre fait-il la toile? (Crédit photo Dalbera)

Une récente discussion avec Sabine Coulon (que je recommande surtout IRL pour son ton vif et pétillant) fait ressortir que certes nous avons chacune une petite entreprise mais bâtie sur des fondations différentes. Elle est en SARL tandis que je suis auto-entrepreneuse. Sabine me disait que ce statut ne lui convenait pas, qu’elle voulait une structure qui lui montrait qu’elle s’inscrivait dans le temps. Une envie de pérennité que le statut d’auto-entrepreneur ne pouvait effectivement pas offrir en tant que tel lorsqu’elle a créé sa SARL puisqu’il était prévu pour trois années seulement mais cet amendement limitatif a été rejetté par le Sénat. Mais reconnaissait-elle cela peut faire un bon levier pour se lancer, ce qui fut le cas pour moi, sans le moindre doute. Sabine soulevait aussi un point intéressant, elle avait le sentiment qu’être constituée en format agence offrait plus de légitimité face à un prospect. Et puis nous nous mettons à parler de nos… métiers. Ah tiens, être entrepreneuses ne suffit donc pas à qualifier ce que nous faisons de nos journées ;) ?

Cette conversation qui fait suite à beaucoup d’autres sur ce thème me conforte dans la démarche de m’interroger sur le cadre de mon activité car, après tout, il peut avoir un impact sur le rapport que j’entretiens avec mes prospects. Du moins la question est pertinente et il convient de se la poser indépendamment du choix SARL, EURL, SAS…

La manière dont nous sommes constitués nous rend-elle plus crédible aux yeux de nos potentiels clients?

Si j’en crois mon niveau d’activité depuis ces derniers mois, ma réponse sera non. Alors, je dois peut-être me poser la question autrement. Le cadre de mon activité m’empêche-t-elle d’atteindre un certain niveau de portefeuille? En somme, mon statut d’auto-entrepreneuse détermine-t-il le type de clients qui me font confiance? D’abord, il me semble ne pas avoir à rougir de mes références, loin de là :) , ensuite mon dernier petit-déjeuner avec un « gros » prospect me montre que toute auto-entrepreneuse que je suis, je peux être auditionnée à égalité avec des agences qui ont pignon sur rue ;) . Si je gagne la compétition, je vous raconterai et si je la perds, je vous dirai pourquoi car la personne qui m’a reçue ne fait pas dans la langue de bois.

Si je ne peux pas encore dire si la question du cadre de son activité est impactante sur les résultats d’une compétition avec un prospect représentant à lui seul un gros portefeuille, elle n’en reste pas moins importante pour les possibles logistiques : comme l’existence ou non d’un plafond de revenus, les défraiements possibles ou non par exemple. Attention, que l’on ne se méprenne pas, l’esprit initial de cette loi sur l’auto-entrepreneuriat n’était pas de permettre de créer une SARL en miniature donc certains avantages n’y sont pas afférents et cela est assez logique. L’esprit était d’absorber les activités complémentaires qui pouvaient avoir court hors légalité. Vu le nombre d’individus qui ont profité de cette option de création simplifiée tant attendue, des modifications législatives ont lieu assez régulièrement et c’est une forêt de textes qui peut être parcourue pour saisir toutes les subtilités du système. Je touche comme d’autres les limites de ce dernier mais ceci n’est pas un problème en soi, il convient de réinterroger le cadre avec les bons interlocuteurs.

En tout état de cause, si mon activité est bien d’être consultante médias sociaux et community management, je ne me sens pas moins entrepreneuse. Le choix du statut a été guidé par des raisons personnelles et professionnelles et, comme beaucoup de choses, sujettes à évolution donc affaire à suivre.

En résumé de cet autre billet entrepreneuriat, je retiendrai quelques mots que nous avons mêlés avec Sabine Coulon lors de cet apéro à deux entrepreneuses :

Petit manuel de l’entrepreneur : avoir la foi, confiance en soi, connaître sa valeur et ne pas avoir peur de perdre le client.

J’ajouterais :

Petit manuel du consultant médias sociaux et community management : connaître son sujet et cesser de penser que tout prospect est un newbee totalement ignorant… ils savent aussi utiliser google et repérer les blogs intéressants donc en ressortir quelques lignes forces pour interagir avec nous!

Et vous? Vous faites quoi dans la vie?

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17 Commentaires à “Entrepreneuse, un métier?”

  • EsraDT dit :

    Hello Catherine !
    J’ai rarement entendu quelqu’un dire simplement « je suis entrepreneur »… mais il est vrai que les entrepreneurs ont tendance à préciser ce statut « j’ai monté une boite dans le bio » par ex. Cette présentation attise davantage la curiosité de l’interlocuteur, et l’entrepreneur le sait :D Ça relève peut-être aussi d’un besoin de reconnaissance sociale ?
    Pour ma part, j’ai actuellement les 2 statuts : co-gérante d’une société, et salariée dans une autre ! Donc en général, je ne précise que mon secteur et mes domaines de prédilection (développement durable & responsabilité globale).

  • Hello Esra!
    Merci de ton commentaire et ton partage d’expérience.
    Je suis assez d’accord avec toi sur le besoin de reconnaissance sociale, c’est une vraie question. Et cela peut être sans arrogance fait pour marquer un certain positionnement, une territorialité.
    Tout comme toi il m’est arrivé d’avoir les deux statuts depuis que j’ai monté ma petite activité et d’ailleurs cela n’est pas toujours simple à concilier quand les deux activités recouvrent le même domaine, il faut donc prendre garde aux frontières entre les deux statuts. N’as-tu pas parfois l’impression que tu pourrais générer de l’auto-concurrence?

  • EsraDT dit :

    De l’auto-concurrence ? Pas vraiment car les 2 entreprises sont assez complémentaires et avoir un pied dans chacune d’entre elles permet d’identifier plus facilement les synergies. C’est aussi ma vision de l’entrepreneuriat ici : la coopération plutôt que la concurrence… bien que très utile, cette dernière n’est pas toujours efficace :) C’est comme si toi, tu décidais de créer une offre commune avec d’autres consultants.

  • Nous sommes d’accord alors il est surtout question de périmètre d’activités.
    Je te suis aussi sur la complémentarité des compétences assez nécessaire à mon avis pour aller plus loin ;)

  • Le statut d’auto-entrepreneur peut être très interessant lorsque toujours salarié, on souhaite également faire du consulting et facturer ses clients.
    Je vous rejoins également quand vous citez votre amie Sabine « qui disait que ce statut ne lui convenait pas, qu’elle voulait une structure qui lui montrait qu’elle s’inscrivait dans le temps. » : J’ai des amis qui ont fait le passage de ce type de structure vers le statut de SARl car le statut d’auto-entrepreneur ne renvoyait pas une image « durable » à leur prospect et ils peinaient du coup à les convertir en clients.

  • Bonjour et merci pour ce commentaire sous forme de retour d’expérience interposée!

    Je suis sûre que certains ont eu ce genre de retour, ce n’est pour le moment pas mon expérience mais peut-être cela viendra-t-il… Mais justement cet a priori sur la durabilité de l’activité n’est-elle pas plus liée à une méconnaissance de la loi compte tenu des divers aménagements consécutifs à l’apparition d’entrepreneurs à temps plein en qualité d’auto-entrepreneur plus qu’à l’organisation du statut lui-même?

    Il n’en demeure pas moins que le cadre a son importance en fonction du volume d’activité généré et cela est indéniable. Je suis moi-même, vous l’aurez compris, dans cette interrogation. J’ai maintenant une source supplémentaire d’information grâce à votre venue sur mon blog!

    Merci encore de cette visite!

  • Bonjour C. :) j’aime beaucoup la tournure et le ton de ton billet:

    1. « Qu’importe le flacon… » #1: le statut d’une entreprise est un point essentiel à la création et si, aujourd’hui, tu ne trouves pas de points bloquants sur ton statut d’a-e, profites-en! Dans le monde des startups (moins conseil et plus produits software), le statut est essentiel : il est impossible de lever des fonds sans une base solide, constituée par le statut.
    Cependant, si on reste sur le côté « conseil », alors, oui, peu importe la taille, l’expérience et les références sont les principaux moteurs.

    2. « Qu’importe le flacon… » #2: sous l’étiquette ‘entrepreneur’, la plupart des personnes place le côté jeune et startup et oublie tout le reste…Par exemple, il existe une catégorie d’intrapreneur donc salarié pour une entreprise. Le terme d’entrepreneur s’est, au fil du temps, galvaudé. Un entrepreneur est celui qui entreprend et ce, au sens large du terme, donc qui, partant d’une idée plus ou moins innovante, va tenter de la mettre en musique. Donc, oui, entrepreneur ou salarié, même combat, l’important est de savoir ce qu’on veut faire (stratégie) et de choisir les meilleurs outils pour y répondre!!

    3. Joli sur les quelques mots de la fin et j’adorerais les voir argumentés sur un article plus complet ;)

  • Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse… figure-toi que cette phrase a tourné dans ma tête à la fin de la rédaction de cet article!
    Merci pour tes appréciations et compléments d’informations, principalement le point 2. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le côté galvaudé de la notion et j’aime l’idée de repartir de l’étymologie du mot pour revenir à la signification essentielle.

    Quand tu parles des mots de la fin, tu fais référence au « petit manuel du consultant médias sociaux »?
    Oui ça pourrait faire l’objet d’un billet plus fouillé… mais n’est-ce pas la vocation d’un blog que de permettre une réflexion par strates!

  • Je croise très fort les doigts pour que tu l’emportes ;)

  • En ce moment les mamans entrepreneuses autrement appelées les Mompreneurs ont le vent en poupe : invitées régulièrement dans les émissions TV elles font l’objet de nombreuses couvertures presse. Un guide vient de sortir, écrit par la journaliste Valérie Froger, (http://www.aboneobio.com/blog/post/2010/09/23/Le-guide-des-Mompreneurs-Ma-boite-et-mes-enfants-d-abord-par-Valerie-Froger) elle tire le portrait d’une vingtaine de Mompreneurs avec des profils très divers.
    Ces Mompreneurs assument le fait de ne pas avoir à choisir entre création de son entreprise et les enfants à assumer. C’est encore une étape en plus dans la vie d’une entrepreneuse :)

  • Lorsque je me suis déclarée en AE l’an dernier, à la sortie de la fac, c’était pour me faire des petites expériences en attendant de trouver un « vrai » boulot puis ensuite cela m’a permis de compléter une activité salariée, mettre du « beurre dans les épinards » et me faire quelques références supplémentaires.

    Aujourd’hui, je suis à nouveau à la recherche d’un boulot et en parallèle je mène deux missions de CM, en AE donc.

    J’ai toujours au un retour positif concernant le statut d’AE (mon conseiller Pôle Emploi m’a dit « ah vous avez raison c’est une bonne idée pour vous faire connaître »…). Ce qui pose le plus problème est plutôt le côté « jeune diplômée » sans beaucoup d’expérience « significative » car pour beaucoup, ce que l’on fait en associatif compte pour du beurre.

    Tu vas trouver ça très bête mais je me sens plus à l’aise de répondre « je suis autoentrepreneur » quand on me demande ce que je fais, plutôt que dire « je suis community manager » tellement certains voient d’un mauvais oeil l’emploi de ce terme.

    Je croise les doigts pour que tu remportes ta mission ;-)

  • @Alexandra >> Merci Alexandra pour ton commentaire dans lequel tu montres d’ailleurs bien une des problématiques du moment.. le caractère disqualifiant à dire que l’on est community manager… plus valorisant le côté entrepreneur… Ce n’est pas la première fois que j’entends un CM de qualité dire qu’il contourne son appellation par une autre… ce qui est regrettable.
    A bientôt Alexandra et bon courage dans ta recherche d’emploi et tes missions actuelles!!

    @Laurence >> Bonjour Laurence et merci pour ce commentaire!
    Les Mompreneurs sont effectivement un mouvement qui a le vent en poupe et à juste titre car de beaux exemples de pugnacité. Femmes-salariées, femmes-entrepreneuses, mères-entrepreneuses… des habituées des doubles journées ;)
    Merci aussi pour la découverte de ton blog!!
    A très bientôt Laurence!! :)

  • Diane Couprie dit :

    Le souci quand on répond « je suis entrepreneur » c’est que, systématiquement, l’interlocuteur souhaite qu’on parle de notre entreprise / projet de création d’entreprise et ce n’est pas toujours judicieux quand on ne sait pas qui se trouve en face.
    Et le souci d’être AE, c’est que certaines personnes y voient une roue de secours à ne pas être salarié, encore considéré comme le Graal par certains.
    Je parle en connaissance de cause..

  • Frederique dit :

    Si tu remportes cette competition, ce que je te souhaite de tt coeur, ce sera grace a tes competences, ton talent, ta personnalite, ta reputation… les supports de credibilite sont multiples et heureusement ne dependent pas du statut juridique. Ceci dit, lors de ma modeste exp, j’ai pu constater que le statut d’ae apporte une touche de sincerite qui peut rassurer des clients en quete d’efficacite quand des structures plus cossues peuvent vehiculer plus d’arrogance… Merci pour tes articles tjrs interessants et good luck!

  • @Diane >> En effet, le salariat est encore vécu comme le Graal même si beaucoup de personnes aimeraient ou auraient des ambitions d’entrepreneuriat mais il faut dire que la France (et ce n’est pas une vue de l’esprit) reste un pays aux multiples freins pour une personne qui souhaite se lancer! Par ailleurs le statut d’AE est, dans l’esprit de la loi, un statut complémentaire à une activité salariée, c’est pour cela qu’il est souvent perçu comme une cinquième roue du carrosse. Pourtant étant simple dans sa mise en place, beaucoup de ceux qui voudraient se lancer mais n’osent pas ou trouvent tous les autres dispositifs complexes, se sont engouffrés dans cette brèche.. parfois à tort quand il s’agit d’une véritable activité principale.. qui marche!!!

    @Frédérique >> Merci beaucoup de la visite et du commentaire!! Parfaitement d’accord avec toi pour dire que les critères de légitimité ne tiennent pas qu’à un statut juridique et j’en suis la preuve! La crédibilité et la confiance sont plus liés aux qualités intrinsèques de la personne qui conseille qu’à sa structure. Et heureusement! La problématique, arrivé un certain seuil d’activité, peut résider dans le fait d’adapter son cadre à la dimension de la toile et non de poser un cadre pour avoir le tableau à réaliser ensuite ;)

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