« Ma » communauté?… La communauté!

Crédit image : Wouter Hagens

J’ai eu envie de poursuivre la série des gimmicks, vous savez ces petites phrases musicales qui imprègnent notre mémoire malgré nous. Il y a des artistes qui ont fait de belles recettes en droit d’auteur sur ces petites ritournelles… Chacun d’entre nous fabrique ou reprend malgré soi certaines de ces petites phrases, cette fois faites de mots.

Parmi celles-ci et dans le monde des community managers il y a : « ma communauté fait ceci ou cela… » pas très éloignée du « j’ai une communauté vraiment sympa » ou « je laisse souvent ma communauté gérer les trolls ». La magie de l’instinct de possession.

N’apprend-on pas au petit enfant : « ce n’est pas « ton » bac à sable mais « le » bac à sable tout le monde a donc le droit de venir y jouer »? Cela montre bien que l’instinct de possession est aussi archaïque que le souffle de vie.

Pourtant, si l’expérience peut servir à quelque chose c’est sans doute celle-là. Les gens ne vous appartiennent pas. Cela a pour conséquence première, en matière communautaire, que les membres ne sont pas les vôtres mais des entités autonomes avec lesquelles vous co-existez dans un espace que vous contribuez à rendre plus structuré et efficace pour répondre à leurs besoins. Le corollaire est donc qu’ils peuvent partir, revenir, repartir etc.. et que votre ego ne doit pas s’en sentir froissé.

Si les membres ne vous appartiennent pas, vous ne leur appartenez pas non plus. Combien de community managers sentent la nécessité d’être là non stop. C’est vrai qu’une communauté c’est exigeant et parfois chronophage. Elle vit et interagit non stop, alors vous devriez en faire autant? Quid de votre sommeil, de votre vie personnelle, de votre networking professionnel… Etre dévoué à sa comunauté c’est bien mais l’être trop ne serait-ce pas là encore une sorte d’expression d’ego mal dimensionné. Croyez-vous qu’une communauté ne puisse vivre sans vous, ou que vous ne puissiez être remplacé?

Développer le capital confiance et l’attachement est un levier essentiel dans le rôle du community manager mais attention à ne pas le faire de manière trop individualisée. Même grand stratège le community manager ou social media manager travaille soit pour un client soit pour une entreprise dont il est salarié et il est porteur des valeurs de ceux qu’il représente. Valeurs qui le transcendent donc lui ou un autre.. peu importe le community manager, du moment que la communauté ait l’ivresse.

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3 Commentaires à “« Ma » communauté?… La communauté!”

  • Bonsoir!
    Merci pour ton article, qui pourrait trouver écho très facilement sur d’autres domaines…
    Cependant, un point de challenge : l’incarnation profonde des valeurs d’une communauté ne passe-t-elle pas obligatoirement par une phase d’immersion complète donc d’appropriation (quasi-physique) de la dite communauté?
    Par exemple, un CM freelance (au hasard!) possède probablement une expertise plus marquée dans un domaine. Or, celui-ci peut signer un contrat sur un domaine quasi-inconnu (pour le challenge…), ne sera-t-il pas obligé de caméléon-iser au plus fort pour s’imprégner de la communauté, au point de la revendiquer sienne pour ensuite, prendre du recul et la gérer moins émotionnellement?
    Est-ce que ce sentiment d’appartenance n’apparait-il donc pas dans tous les cas avant d’être juguler? Ce qui revient à se poser la question du rythme d’intégration du CM par une communauté, non?
    A bientôt :)

  • Bonjour,

    Un défi? Allons-y!

    Voici de quoi travailler un moment et même de quoi faire un autre article. Je vais tenter de répondre en commentaire pourtant.

    Tu parles toutefois d’un autre sujet… je me concentrais sur le sentiment d’appropriation qui doit être distingué du travail d’imprégnation.

    En effet, au hasard, un CM qui arrive dans une communauté, qu’il connaisse ou non le sujet, doit faire en quelque sorte acte d’allégeance et s’imprégner des us et coutumes de cette dernière s’il veut pouvoir faire son travail correctement. S’il s’agit d’une communauté à créer de toute pièce, la question est certes moins sensible. Mais lorsqu’elle pré-existe à son arrivée… même paré des meilleurs intentions il devra gagner la confiance des membres… La confiance ça se travaille dans le temps, ça se gagne par des petits actes enchaînés qui montre l’attention que l’on porte au groupe. Ça se perd aussi, si le CM n’est pas capable de montrer son intérêt sur la continuité, s’il trahit sa communauté en commettant tout autant d’actes déceptifs. Et penser une communauté comme « sienne » peut conduire à moins d’attention et des erreurs de comportement qui conduisent à la déception.

    Cela dit je te rejoins du coup sur un point la distance nécessaire. L’appropriation implique un manque de distanciation. Cela a pour conséquence de ne plus être suffisamment capable de voir ses propres erreurs ou ce dont la communauté aurait besoin.. Je recommande toujours Norbert Elias en premier intention pour comprendre les concepts d’engagement et distanciation. Il fait partie de ces auteurs que je balade dans mon salon et dont je relis souvent quelques lignes pour ne pas oublier l’essentiel :

    « La vie sociale, telle que nous la connaissons, s’effondrerait si les normes du comportement allaient trop loin dans une direction ou dans l’autre. Pour être précis : la possibilité de toute vie de groupe ordonnée repose sur l’interaction, dans la pensée ou l’activité humaines, d’impulsions dont l’une tendent vers l’engagement et les autres vers la distanciation. Ces impulsions se tiennent mutuellement en échec. Elles peuvent entrer en conflit les unes avec les autres, lutter pour lé prééminence ou passer des compromis et se combiner selon les proportions et les formes les plus diverses. En dépit de toute diversité, c’est la relation de ces deux pôles qui détermine le cours des actions humaines »
    Norbert Elias, Engagement et Distanciation, Pocket, page 10

    La conclusion à ce long commentaire est que l’appropriation est un pôle extrême qui ne permet plus de tenir ce juste équilibre nécessaire dans les relations humaines en général et avec les communautés online en particulier.

    Et pour revenir à ton mot du début, ce que nous réfléchissons sur les communautés online n’est jamais qu’une extrapolation de l’interactivité réelle… le web est une continuité jouant caisse de résonance mais rien de nouveau sous le soleil…. ce n’est jamais que la vie réelle déportée dans un autre espace avec parfois des limites qui semblent plus vite franchies car la distance semble protéger mais ce n’est qu’une illusion et la meilleure conduite à tenir est de se poser la question : que ferais-je dans le réel? Cela permet aussi de trouver la bonne distance et la bonne attitude.

    Merci de ce comm’ qui me conduit à réfléchir à d’autres sujets.

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